Un saint-marcois dans le business surf. Portrait de Béryl BESSEAU, glasser/surfeur.

Comme chaque jour, Béryl vient observer le spot avant de se mettre à l’eau. Aujourd’hui, ce sera du foil. Pendant que la marée baisse, il nous raconte son parcours. Du skimboard au kitesurf, Béryl pratique de nombreux sports aquatiques, ce qui lui permet d’aller à l’eau peut importe les conditions. Mais si vous ne le trouvez pas sur la plage, c’est qu’il est dans son atelier à la confection de boards, son autre passion. Un portrait réalisé par Alizée, jeune étudiante en journalisme.

Un surfeur multi supports

Béryl BESSEAU est un surfeur diversifié et aguerrit de la côte Atlantique. Il commence le skimboard dès l’âge de trois ans sur une planche rose. Il s’initie en regardant les autres sur la plage, l’addiction à la planche lui vient très vite. Vers onze ans, il fait quelques compétitions dans la région comme certaines sur son home spot de La Courance. Trois ans plus tard, il rentre sur le circuit français de skimboard puis le circuit mondial. Commence alors pour Béryl une pratique intense, une recherche de performance technique pendant dix ans. A la même époque, il commence le surf et le shape. Il se met au surf pour avoir une activité aquatique lors de la marée basse (le skimboard se pratique à marée haute). Béryl est un acharné du travail, pendant six mois il s’entraine tous les jours pour pouvoir intégrer la section sports études du lycée des Sables d’Olonne.

« J’y allais tous les jours. Il n’y a pas de secret. C’était vraiment du sport et j’étais vraiment impliqué dedans à 100% tout le temps. Je pouvais aller faire du skim quand il faisait moins deux quand je m’entrainais vraiment. Il fallait que j’y aille. Du coup, j’étais déjà un peu dans cet état d’esprit où il faut être meilleur que les gars d’à côté. »

Ses années en sport études de surf lui permettront une progression technique d’avoir un accompagnement. Au départ, il veut devenir surfeur professionnel, puis professionnel sur plusieurs sports aquatiques. Dix ans plus tard, Béryl est dans le monde du surf business aussi bien dans sa pratique que dans son métier. Il y a quelques années, il amplifie sa pratique avec l’entrainement sur de nouveaux supports tel que le surf foil, le kitesurf et plus récemment la wing.

L’intensité des sessions

Dans toutes ses activités, Béryl recherche l’intensité du moment, la performance, la tension. Ces conditions de prédilections ? Des vents très forts, 50/60 nœuds, des grosses houles,… Il aime se concentrer sur une activité pour atteindre ses objectifs d’une façon un peu saisonnière, en hiver c’est plus le kite et le surf, l’été le skim ou le foil. Le foil, autre support dont il sera le premier à pratiquer sur Saint-Nazaire. Le visionnage d’une vidéo de Kai LENNY lui donne l’envie d’essayer. A l’époque, il réalise également les prototypes de foil pour la marque avec qui il travaille depuis cinq ans.

Le jeune surfeur ne veut pas juste glisser sur la vague, il veut être fort. D’un tempérament sérieux et persévérant il se met à fond dans ses domaines de prédilections.

« Je n’arrive pas à tout faire en même temps. Je n’aime pas faire un truc et y arriver moyennement. J’ai besoin de quelque chose où tu t’engages. Ce n’est pas que tu n’as pas le droit à l’erreur mais c’est tout le temps en tension, tu vas vite, si tu sautes, tu vas haut, des trucs un peu engagés.»

Sa détermination lui a permis de partir sur les circuits de compétitions étrangers comme les championnats d’Europe et du monde au Portugal et aux Etats-Unis. Le jeune saint-marcois y fera des rencontres qui l’encourageront dans la poursuite d’une autre passion, le shape. Des rencontres locales le marqueront également, comme celle avec Steven Joli à Saint-Nazaire mais aussi son patron actuel, qui lui a proposé une belle opportunité il y a cinq ans.

Poncer du matin au soir

Crédit photo : Gong

A quartoze ans, Béryl réalise sa première board avec l’aide d’un Brévinois, une planche de type hybride. Il se construira par la suite, notamment en farfouillant sur internet pour glaner des informations, plusieurs planches pour lui et les copains. Il se rend compte qu’il sait y faire avec ses mains : poncer, glasser, c’est ce qu’il aime. Le shape lui permet d’être indépendant dans sa pratique et de découvrir différents types de planche de surf. Très vite, il se retrouve dans le surf business, ses séjours aux Etats-Unis pour les compétitions lui offrent la possibilité de découvrir de grands ateliers comme ceux du groupe Lost. Avec son sponsor de l’époque, Victoria, la marque mondiale du skimboard, il entreprendra des prototypes de boards. Ses expériences lui font découvrir de nouveau processus de fabrication, il échange sur des matériaux qu’il rapporte de France tel que la fibre de lin.

« C’est venu un peu au fil des rencontres. Quand ils m’ont fait bosser (il travail chez Gong) à la base je ne cherchais pas du tout un boulot, j’allais chercher des trucs. Mais les passions se rencontrent, on va dire. “

Béryl fait du shape son métier à l’âge de dix-neuf ans alors qu’il allait simplement acheter du matériel dans un surf shop du coin. A vingt-quatre ans, il se donne les moyens de réussir, réparations, prototypes, customisation, il assure le rôle de glasser. Dans la même lignée que sa pratique sportive, le saint-marcois cherche la performance dans les boards qui réalise. Il travaille sur des techniques modernes tel que la conception en sandwich ou l’utilisation de carbone. Son travail consiste à recevoir les pains en mousse très dense déjà shapés, mis sous vide, plaqués avec un pain de polystyrène. Parfois, il finit le shape et change quelques détails selon les commandes puis fait toute la partie enveloppée résine. Béryl n’utilise pas des techniques de shape traditionnelles, le carbone est assez récent dans ce milieu. Ces techniques permettent une meilleure légèreté et solidité. Elles demandent cependant plus de travail, une construction plus traditionnelle sollicite une dizaine d’heures de travail, celle-ci une quinzaine. Le jeune glasser teste les prototypes de planches qu’il réalise en atelier. Il essaye toutes les gammes avant la mise en série. Les nouvelles séries qui sortent ont ainsi été créés un à deux ans auparavant.

Crédit photo : Gong

« Tu me demande de poncer de 8h à 20h pas de problème. »

Béryl consacre tout son temps au domaine du surf, pour réussir il n’y a pas de secret, il faut pratiquer, autant à l’eau que dans les ateliers. Quand il n’est pas au travail ni à l’eau, il shape dans son atelier personnel. Le skimboard reste son support de préférence, c’est donc sur ce type de board qu’il shape chez lui. Si Béryl arrive à faire du domaine du surf son quotidien, le ride est encore long pour arriver à ses objectifs. Entre les chutes pour tester de nouveaux sauts, les heures à pomper sur le foil, des planches à shaper et à remodifier, le travail est essentiel pour réussir. Il n’y a pas que du soleil dans le surf business, il faut s’accrocher, tester, s’entrainer. Il peut y avoir du pessimisme sur de nouvelles idées comme lors des débuts du foil ou de la wing. Pourtant, aujourd’hui ces supports sont de plus en plus nombreux sur les spots. Pour Béryl, un échec n’est pas un souci, il est épanoui dans ce qu’il fait et il a plusieurs projets en tête. Le surf business reste un business comme un autre.

Crédit photo : Gong

Les mecs d’Hawaï ils te diraient : « il faut faire 1 000 / 2 000 planches et peut-être qu’après tu pourras dire que tu es bon. »

Pour ceux qui souhaiteraient se lancer dans leurs propres confections de planches, il faut d’abord se protéger. Un masque à cartouches, des gants, un espace aérée. Il faut être patient et organisé. Le shape ne possède pas de contrainte de temps tandis que la résine a une durée de vie limitée. Le glasser conseille de commencer par réaliser un fish, la planche la plus simple à faire.

Sucré ou Salé ?

– A choisir aujourd’hui, tu préfères faire du skimboard, du surf ou du foil ?

-Skim ! C’est là où je suis le meilleur. J’ai le meilleur niveau par rapport à tous les trucs que je fais. Là où je m’amuse le plus, parce que même si maintenant j’y vais pour le fun, j’y vais pour gagner quand même. Même s’il n’y a rien à gagner, c’est une session normale, je m’amuse. On va dire que j’ai fait ce que j’avais à faire quand j’étais jeune et maintenant je profite.

-Et niveau sensations ?

-Ce n’est pas pareil, mais il y a des trucs que je maîtrise vraiment, que je suis sûre de faire tel tricks, tel air. Je l’aurais neuf fois sur dix du coup j’aime bien.

-Ton rêve d’enfant de dix ans ?

-Etre champion du monde de skimboard. J’ai raté deux fois. D’un demi-point à chaque fois.

-Frustration ?

-Ouais grave ! A mort. Tu ne fais pas la compétition pour être deuxième. J’ai souvent été deuxième pourtant mais c’est horrible. C’est cool quand même mais tu es un peu déçu.

-Tu voudrais le retenter aujourd’hui ?

-Je n’ai plus le niveau. En fait il faudrait que j’habite de nouveau six mois en Californie pour m’y remettre six mois à fond. Ce n’est pas grave.

-Quelle est ta plus belle réalisation en tant que glasser ? Fierté de conception.

J’ai fait des planches pour Justin Becret, quand même ce n’est pas n’importe qui. Des trucs un peu techniques en carbone pour un mec comme ça, un peu trop en avance à l’époque. Aujourd’hui, il les aimerait bien. Maintenant que c’est la mode. Il y a trois ans ce n’était pas la mode. Donc oui des planches pour Justin Becret. J’ai fait un foil pour Justine DUPONT. Et après, j’ai fait des skimboards pour des gars comme Jim Bryan, quatorze fois champion du monde, c’est vraiment la légende. Mais il y en a pleins, c’est un peu dur de savoir. Des réalisations pour des gars comme ça, tu te dis, j’habite à Saint-Nazaire, j’ai fait une planche pour Justin même s’il est plus jeune que toi, le mec il fracasse. Tu vois ta planche avec le logo dessus qui passe partout, tu te dis : « celle-là, c’est moi qui l’ai faite. » Ça c’est cool. Il y a pire.

-Tu préfères une session pourrie entre pote à rire ou une session super avec une première place sur les circuits de skimboard ?

-…Première place quand même.

-Surfer sous le soleil ou bien surfer un gros swell sous la pluie ?

-Grosse houle sous la pluie. Avec une cagoule comme ça tu ne sens pas.

-Quel est l’endroit qui t’as le plus marqué ?

-Laguna beach en Californie. En gros ça ressemble à Saint-Marc sauf que chaque baraque que tu vois comme ici, elle vaut dix millions et qu’à la place de la route derrière c’est le PTH, une espèce de nationale, une route à 70km/h. En gros c’est Saint-Marc en un peu plus gros, pareil même crique mais avec des vagues cent fois mieux. Un peu le même état d’esprit, pas renfermé sur soi-même mais un peu isolé.

-L’endroit que tu aimerais essayer à surfer dans n’importe quel sport ?

-The Lane à Ho’okipa, LA vague de planche à voile qui est accessible. Parce qu’il y a pleins de vagues que j’aimerai surfer mais je n’ai pas le niveau. Pipe c’est cool mais je sais que jamais je prendrais une vague, je n’ai pas un centième du niveau requit. Donc Okipa, Lames.