La surpopulation de surfeurs (euses) à l’eau : quelques points clés pour mieux appréhender ce phénomène.

Vous avez peut-être remarqués que depuis le confinement (au choix le premier, deuxième, ou … peut-être un troisième), le nombre de personnes à l’eau, tous supports confondus bat des records sur de nombreux spots de surf. Pour mieux comprendre ce phénomène, nous allons vous livrer une analyse approfondie de ce dernier.

Décembre 2020, par une belle après-midi ensoleillée, des dizaines et des dizaines de surfeurs attendent sur les différents pics d’un spot autrefois bien tranquille l’hiver. Quelque chose a changé. De nombreux autres passionnés de glisse débarquent les uns après les autres. Des voitures se garent un peu partout. Les conditions sont belles mais pas exceptionnelles. Que se passe t-il ?

Un peu partout, nous assistons à une explosion du nombre de surfeurs à l’eau, et ce toute l’année désormais. Quelles sont les raisons de cette explosion ? Quel impact a cette explosion sur la pratique du surf ? Comment faire avec cette surpopulation. Ce sont des questions que nous allons tenter de répondre dans ce long dossier.

Seul à l’eau, par une belle journée hivernale. Bientôt du passé ?

Il faut savoir que le surf est l’une des rares activités sportives où les pratiquants ne souhaitent pas voir leur nombre augmenter. Egoïsme ? Entre-soi ? Communautarisme ?

La réponse est en fait assez simple. Pour surfer, il faut des vagues, et pour avoir des vagues, il faut des spots. Et comme pour surfer convenablement (et en sécurité), il est nécessaire qu’un seul surfeur utilise une vague à la fois; nous arrivons rapidement à un problème mathématique : plus il y a de surfeurs, moins il y a de vagues disponibles pour chaque surfeur, le tout, dans un environnement où le nombre de spots abritant ces différentes vagues ne peut augmenter.

Plan du dossier.

Quelles sont les probables causes de l’augmentation du monde à l’eau ?

  1. L’amélioration de la précision de la météo surf
  2. La médiatisation du surf
  3. Le développement des écoles de surf
  4. L’amélioration du matériel de surf et de son accessibilité
  5. Les générations de surfeurs / euses
  6. L’impact du Covid-19

En quoi l’augmentation du monde à l’eau est un problème ?

  1. Le ratio du nombre de vagues surfées / session / surfeurs/euses
  2. Un problème de sécurité
  3. Problèmes locaux

Comment faire face à l’augmentation du monde à l’eau ?

  1. Solutions sportives
  2. Solution surfistique
  3. Solution matérielle
  4. Solution professionnelle

Quelles sont les probables causes de l’augmentation du monde à l’eau ?

  1. Amélioration de la précision de la météo surf

Pour surfer, il faut des vagues, voir même des bonnes vagues pour pouvoir profiter de sa session. Mais comment faire pour savoir quand les vagues seront là ? Surtout lorsque l’on n’habite pas en face des spots ? Il faut se fier à la météo surf, et ses prévisions. Et c’est d’ailleurs l’un des facteurs majeurs d’augmentation du nombre de personnes à l’eau.

Autrefois, il fallait compter sur des bulletins météo côtier dans le journal ou sur le minitel ou à la radio / tv pour estimer les futures conditions de surf. La précision des prévisions était en plus souvent relative (et son interprétation nécessitait un peu de travail). Autre solution, allez directement voir sur place les spots chaque matin, solution valable si l’on dispose de beaucoup de temps et que l’on habite très près voir en face des spots. Enfin on pouvait aussi appeler également des services spécialisés dans les reports surf si jamais notre région comptait quelques reports surf.

Dans un ancien temps – Un opérateur radio

Désormais, de nombreux sites internet spécialisés dans la météo marine produisent des prévisions assez précises quelque jours à l’avance. Ainsi, lorsque Windguru prévoit quelques jours à l’avance 3 ou 4 jours de bons surf, il n’est pas rare de voir beaucoup de monde se rendre disponible (RTT, décalage rendez-vous clients, télétravail…) pour aller scorer ses vagues. C’est d’autant plus vrais, lorsque ces conditions tombent un week-end, ou encore pire, un week-end prolongé (pont du mois de mai par exemple).

Windguru – une référence dans les prévisions météo (surtout si on sait bien l’utiliser)

Les prévisions sont tellement précises de nos jours, que même l’impact des marées sur la taille de la houle et sa propagation sur nos côtes est prise en compte.

Marc Ifremer – la précision aux petits oignons

La dernière “nouveauté” datant de l’ère moderne d’internet étant la multiplication de webcam de bonne qualité, accessibles facilement et permettant de checker en direct la qualité des vagues sur un spot. Là, il n’y a même plus à savoir lire la météo, il suffit juste de regarder.

2. La médiatisation du surf

Le surf en couverture de magazine généraliste (ici un mag. Tv)

Autrefois le surf était une activité de niche et une contre-culture. Désormais, on voit des images de surf dans les publicités diffusés sur des programmes en mainstream sur TF1, et un grand constructeur de véhicule allemand s’est associé à un big wave rider. De même sur les fils des réseaux sociaux, la saison estivale ou printanière voit son florilège d’images surf défiler.

L’usage du surf dans la publicité marchande

Nous sommes passés d’une contre-culture à un culte de la performance pour arriver à une époque où le surf est désormais devenu cool et mainstream à la fois.

Chaque été (ou un peu avant), vous verrez des reportages sur le surf dans des magazines généralistes vous incitant à vous y mettre pour cet été (comme si on apprenait en un été…). Le surf est devenu presque comme le ski. Une activité qu’il faut faire une fois par an (enfin une semaine par an) et plus si on habite proche de la côte.

Une capture d’écran du site internet du magazine Féminin Femme Actuelle

L’industrie touristique a bien compris l’intérêt du surf également dans la commercialisation de territoire. Outre le surf marketing du sud-ouest de la France, pionnier en la matière, c’est désormais la Bretagne et plus généralement l’Ouest de la France qui “joue” la carte surf pour promouvoir son territoire.

Force de cette médiatisation, le surf va faire son apparition aux jeux olympiques cette année (Tokyo); ce qui est fort, pour une pratique visant à l’origine le plaisir sans but de compétition, le partage, et la vie en accord avec la nature. C’est un changement à 180 degrés de paradigme qui a eu lieu en l’espace de 50 ans dans le monde du surf.

3. Le développement des écoles de surf

Autrefois, on apprenait à surfer tout seul. On devait se débrouiller pour trouver du matériel (souvent non adapté) pour débuter. C’était un gros risque (financier), d’autant plus si on se payait son propre matériel (sans soutien des parents) pour des bourses pas toujours très grosses.

Une école de surf en action

Une fois sur la plage avec son matériel (pas forcément adapté en plus), c’était débrouille toi comme tu peux. Si l’on avait un peu de bagout, on pouvait demander quelques conseils à d’autres surfeurs ou si l’on avait de la chance, se faire initier par un ami. Mais c’était plutôt en général, une démarche empirique visant à faire plein d’erreurs pour apprendre à la dur. On pouvait alors chercher dans des livres ou des magazines des conseils pour mieux débuter. Parfois, certaines marques (Bic surf notamment) délivrait un petit guide pour apprendre à surfer à l’achat de leurs planches. Mais globalement, il fallait apprendre tout seul, dans son coin (sans déranger les autres), sur des spots pas forcément adaptés. On apprenait de nos erreurs, ce qui est une formidable école de la vie, et qui faisait également la sélection entre les plus motivés d’entre nous.

Désormais, les écoles de surf présentent un peu partout sur la côte française d’avril à octobre initient des milliers de jeunes (et moins jeunes) aux joie du surf dans des conditions de sécurité optimale, avec de surcroit le matériel adapté et les conseils personnalisés pour avoir de bonnes bases pour évoluer. Combien de ses élèves continueront le surf par la suite ? Difficile à dire, mais une fois que l’on a goûté en toute quiétude aux plaisirs du surf, difficile de s’en passer. Ce qui est certain en tout cas, c’est que les freins à l’apprentissage du surf sont largement diminués par l’apparition de ses écoles. Augmentant mécaniquement de ce fait, le nombre de pratiquants du surf en France, année après année.

4. Amélioration du matériel / accessibilité supérieure au matériel

Pour surfer, il faut une planche (à moins de faire du bodysurf). Et malheureusement, pour nous français, il faut également une protection contre le froid. Ces deux éléments ont grandement évolués depuis l’arrivée du surf sur nos côtes. Plus le matériel devient accessible, plus les freins pour se mettre au surf diminuent, et plus le monde à l’eau devient important.

L’évolution des planches de surf

Nous sommes passés du longboard en bois de plus de 10 kilos voir 20 kilos pour les premiers à des shortboards de 3 kilos voir moins pour certains. Les planches modernes sont légères, durables (enfin pas toutes), très manoeuvrables.

La diversité des quivers de surf aujourd’hui – Torren Martyn
La diversité des quivers aujourd’hui – Mikey February
La diversité des quivers – Conner Coffin

Mais une autre évolution a eu lieu également en parallèle. Après avoir cherché le maximum de performance des planches (jusqu’à l’extrême dans les années 90, avec les planches cure-dents), les planches se sont épaissies, raccourcies, rallongées, élargies.

Désormais, nous retrouvons à l’eau des fishs, des mini simmons, des single fin, des quatros, des mini malibus, des longboards… L’éventail est telle, qu’il est difficile désormais, aujourd’hui de ne pas trouver une planche parfaitement adaptée à son niveau et aux vagues des spots que l’on surf.

Nous sommes passés d’un concept où l’on s’adaptait à une planche à une planche adaptée à nous.

Le volume étant important dans le surf, surtout lorsque l’on débute, et/ou sur des spots où les vagues sont petites et molles. Le développement des planches en mousse (les moussu), très volumineuse et flottante, ces dernières années, ont également donné la possibilité aux débutants (et aux surfeurs confirmés, mais pour des raisons différentes : hello shorebreak) de surfer également plus facilement, de progresser plus rapidement et d’obtenir du matériel à un coût bien moindre. Ces planches en mousse diminuent encore les contraintes du surf augmentant d’autant plus le monde présent à l’eau.

Le développement du SUP

Depuis les années 2010, voir un peu avant suivant les régions. Un autre type de glisse se fait également de plus en plus présent sur les spots : les SUP (stand up paddle). Ces planches, fortement volumineuses, permettent de tenir debout sur l’eau en permanence, ce qui rend l’apprentissage du surf (au sens large) facilité. En effet, le take-off est facilité, vu qu’il ne faut pas changer de position (allongé à debout), et le fort volume de la planche, permet également de partir très facilement et en avance sur les vagues, permettant de se fait de prendre beaucoup de vagues. Cela favorise un apprentissage plus rapide, et donc moins de frein à se mettre à l’eau pour profiter des vagues, augmentant là-encore la population à l’eau sur les spots de surf.

L’évolution du néoprène

Autre évolution fondamentale pour le développement du surf et du nombre de ses pratiquants, l’amélioration radicale du néoprène.

Ceux(ou celles) qui ont commencées dans les années 80 ou 90, voir même avant pourront témoigner que les combinaisons d’aujourd’hui sont à mille lieux des celles que l’on trouvait dans le commerce il y a 20/30/40 ans.

Plus souple, plus chaude, moins chères. Les combinaisons modernes rendent l’hiver accessible à tous et à toutes. Favorisant de ce fait, une population importante de surfeurs et de surfeuses toute l’année.

L’amélioration de l’accessibilité du matériel de surf

Nous avons vu que les planches de surf ont évoluées. Si désormais, il est difficile de ne pas trouver une planche qui convient à son niveau et aux spots que l’on surf; elles sont également devenues plus accessibles en terme de tarifs. La mondialisation aidant, désormais de nombreuses marques de planches de surf font produire leurs planches à l’étranger pour les revendre à des coûts réduits. On retrouve ainsi des planches adaptées à des débutants dans les 300 euros neuves.

On est loin des planches de surf “custom” shapées par des artisans locaux (qui resteront un passage privilégié, une fois que l’on aura pris de bonnes bases en surf, ndlr). De plus, l’apparition de nombreuses planches en mousse (et performantes pour ce qu’elles sont), permettent de réduire encore plus la note pour les surfeurs/euses débutants.

Pouvoir acheter une planche adaptée à son niveau et ses spots est une chose. Encore faut-il pouvoir les trouver. C’est à ce niveau aussi que les choses ont évoluées. Désormais, il est extrêmement facile de trouver du matériel de surf. Décathlon vend du matériel très adapté aux débutants et surfeurs intermédiaires (planches et néoprènes), de nombreux surfshops sur toute la côte également, ainsi et c’est une nouveauté depuis l’Internet moderne : la vente en ligne de planche de surf.

De nombreux sites internet spécialisé proposent en quelques clics d’acquérir des planches de surf, livrées à domiciles. Il est désormais aussi simple d’acheter une planche de surf qu’un vélo en France. Pareil pour le néoprène (encore qu’il vaille mieux l’essayer sur place).

On est désormais loin des années où seuls quelques surfshops par région vendaient du matériel de surf (et encore moins pour les débutants).

Générations de surfeurs

Le surf est apparu en France dans les environ des années 50 (même si du surf a pu apparaître avant dans certaines régions françaises). Il y a donc pour les régions pionnières, plus de 80 ans de pratique du surf. On a donc une première génération de surfeurs qui a donné lieu à une seconde génération et ainsi de suite.

Toute la famille se met au surf

Dans les régions où le surf s’est développé plus tardivement, il y a quelques générations de surfeurs en moins que le sud-ouest.

Mais comme le surf est une activité intergénérationnelle, l’augmentation de la population à l’eau s’explique également par le fait qu’une génération de surfeurs s’ajoutent à une autre. Les générations ne s’annulant pas, il y a mécaniquement au fur et à mesure des années, un peu plus de monde à l’eau chaque an.

Spéciale covid-19

L’année 2020 a été marquée par l’arrivée du Covid-19 en France, et les confinements et restrictions sanitaires qui ont suivies. Et que l’on vit encore (article écrit en 2021). Ce covid a été un accélérateur de développement de la population de surf en France, renforçant par la même tous les autres facteurs mentionnés plus haut.

En effet, face aux dangers d’une pratique sportive en intérieur (et son interdiction), la pratique du surf a connue une sacrée accélération. Celui-ci permet de s’aérer, de se vider la tête et de ne plus penser à la crise tout en jouissant d’une activité locale (avec la restriction des déplacements). Le surf avait donc tout (comme le vélo dans une autre mesure) pour être le grand gagnant de cette crise du coronavirus. Le monde présent à l’eau en France, et plus généralement partout dans le monde, on parle même d’une multiplication par 2 du nombre de surfeurs aux USA en 1 an, relate bien ce succès.

Même si on a choisit le surf, il faut avoir un peu de temps libre pour le pratiquer, ou du moins de la disponibilité pour être là, le jour J à l’heure H. Le très fort développement du télétravail (et la possibilité de quitter son chez-soi / hors réunion obligatoire), a rendu possible de s’aérer en surfant quelques heures dans sa journée, du moins plus facilement qu’en travail présentiel.

La mise en place du chômage partiel a également accentué la disponibilité des français, et donc mécaniquement augmenté le nombre de surfeurs à l’eau. D’autant plus que le surf est gratuit (hors matériel), raison supplémentaire pour le pratiquer en période de crise économique, sociale et sanitaire.

En quoi l’augmentation du monde à l’eau est un problème ?

Le ratio du nombre de vagues surfées / session / surfeurs/euses

  • Considérant qu’un surfeur / vague est la norme en terme de sécurité / plaisir de surf (même si ca peut passer à 2 surfeurs / vague en cas de pic droite / gauche bien établi).
  • Considérant que les vagues arrivent par série de 3/4 vagues (parfois plus, parfois moins).
  • Considérant que le fonctionnement d’un spot dépend de la marée, du vent et de la taille et direction de la houle.
  • Considérant que la fenêtre de fonctionnement d’un spot est en général de quelques heures (souvent 3-4 heures, parfois plus parfois moins).

Et en considérant enfin qu’une session doit comprendre une dizaine de vagues surfées (qu’elles soient bonnes ou moins bonnes) par surfeurs. Nous allons nous retrouver devant un problème si le nombre de surfeurs à l’eau excède le nombre de vagues potentielles.

Voici les calculs à effectuer :

Une série de 6 vagues toutes les 60 secondes (pour faciliter les calculs). Cela nous donne potentiellement 360 vagues par heure. Si sur ces 360 vagues, on compte entre 15 et 25 % de vagues fermantes, il nous reste entre 311 et 274 vagues par heure.

Si le spot fonctionne sur une marée précise ou sur un niveau d’eau précis, on multiplie ce nombre de vagues par le nombre d’heure où le spot fonctionne : si le spot fonctionne sur une mi-marée, cela nous donne approximativement :

Meilleure option : 6 x 311 = 1866 vagues surfables

Moins bonne option : 6 x 274 = 1644 vagues surfables

Si le spot dispose de plusieurs pics bien distincts, le nombre de vagues surfables restent plus ou moins le même, il y a juste plus de surfeurs qui peuvent partir (règle de 1 surfeur / vague ) sur chaque série de vagues, vu qu’il y a plusieurs pics.

Maintenant que l’on a le nombre de vagues surfables disponible, il faut prendre en compte le nombre de surfeurs à l’eau présent.

Si l’on part sur le principe qu’il faut 10 vagues surfables au minimum pour passer une session de surf correct, cela nous donne :

20 surfeurs sur le spot : besoin de 200 vagues – vous pouvez estimer qu’il vous faudra une heure active à l’eau pour avoir 10 vagues.

40 surfeurs sur le spot : besoin de 400 vagues – vous pouvez estimer qu’il vous faudra plus d’une heure trente pour avoir 10 vagues.

80 surfeurs : besoin de 800 vagues – vous pouvez estimer qu’il vous faudra plus de deux heures trente pour avoir vos 10 vagues.

MAIS, il y a d’autres facteurs à prendre en compte. Ces valeurs sont indicatives dans un monde parfait, où chaque personne tournerais au pic pour laisser tout le monde avoir des vagues. Dans la réalité, la situation est quelque peu différente.

En effet, il est plus judicieux de compter de cette façon. Sur un pic avec 40 personnes à l’eau. 20 % des surfeurs vont prendre 80 % des vagues. On pense aux locaux qui savent exactement où se placer, aux personnes avec des planches permettant de partir en avance ou au dernier moment (et du coup, prendre une priorité au dernier moment). Il reste donc au 80 % de surfeurs à se battre pour les 20 % de vagues restantes. Ce qui augmente d’autant plus le temps d’attente (active) pour avoir ces 10 vagues. On peut même multiplier par 5, voir même beaucoup plus suivant le niveau, ce temps actif pour avoir ces 10 vagues (20 % des vagues dispo pour 80 % de la population restante au pic).

En étudiant ces chiffres, vous comprendrez rapidement plusieurs choses.

  • Plus il y a de monde à l’eau, plus il faut privilégié des spots multipics pour augmenter le nombre de surfeurs qui peut prendre des vagues à chaque séries – il faudra donc éviter les spots de reef quand il y a du monde à l’eau et privilégié les beachs breaks par exemple.
  • Plus il y a de monde à l’eau, plus la connaissance du spot, le placement, la rame active auront leur importance pour maximiser la session de surf.
  • Plus il y a de monde à l’eau, plus il faudra rallonger la session pour avoir ses 10 vagues de surfées.
  • Plus il y a de monde à l’eau, moins vous aurez de chances de prendre une vague, alors ne tombez pas sur les quelques vagues que vous prendrez.
  • Moins vous êtes bon, plus vous avez intérêt à vous décaler sur des pics où il y a moins de monde pour maximiser votre session.

Un problème de sécurité

Un grand nombre de surfeurs/euses (au sens large) présent à l’eau, au même moment sur le même spot pose plusieurs problèmes de sécurité.

Lorsque l’on surf une vague, on applique la règle de 1 surfeur/euse par vague.

Du coup, lorsque de nombreuses personnes veulent prétendre à être prioritaire (voir règles de priorité sur les vagues ici) pour partir sur une vague, on se retrouve dans une mêlée un peu sauvage de celui ou de celle qui partira le plus à l’intérieur possible. Cela mène souvent également à un démarrage dans de mauvaises zones pour attraper les priorités, on se retrouve trop à l’intérieur du déferlement, la chute qui en vient ensuite peut être dangereuse pour soi et pour les autres.

Deuxièmement, un grand nombre de personne à l’eau se positionne sur des endroits différents du déferlement de la vague pour espérer attraper une vague que d’autres auraient manqué par exemple. Ou pour viser des vagues intermédiaires. Le problème arrive du coup, lorsqu’un surfeur part du premier point de déferlement, il se retrouve à pleine vitesse dans des zones où de nombreux surfeurs/euses attendent ou remontent au pic avec un risque augmenté de collisions, surtout si la vague est technique.

Troisièmement, lors d’une unique zone de take-off sur un spot (un seul pic) ou quelques pics, un grand nombre de personne à l’eau entraîne un espace limité de mouvement pour pouvoir faire son take-off en sécurité et utiliser la première partie de la vague en toute sécurité (la zone la plus dangereuse souvent). On se retrouve coude à coude avec de nombreuses personnes. Souvent plusieurs personnes partent en même temps, et même lorsque l’on commence à faire son take-off on se retrouve avec des personnes assises ou remontant le pic juste en contrebas. On doit donc jongler avec tous ces éléments dans un environnement instable (évolution des vagues) et sur un support instable (planche de surf). Ces situations sont génératrices de beaucoup de collisions.

Problème locaux

Les spots de surf sont souvent dans des zones naturelles. De ce fait, l’équilibre écologique de ces zones est fragile. Plus le spot est fréquenté, plus les risques augmentent. On peut penser à la pollution sur le spot et dans la zone du spot, mais également à la détérioration des dunes, des parkings, des chemins de traverses menant au spot…

Outre ces phénomène de pollution et de détérioration, nous pouvons penser également à l’impact sur la population locale et hyper locale d’une grande fréquentation d’un spot ou d’une grande augmentation des surfeurs dans une zone géographique. Il est vrai que les surfeurs participent à l’économie d’une région (du moins, s’ils consomment dans la région où ils vont surfer). Cependant, sur un spot où il y a une centaine de personnes à l’eau, cela sous entend globalement une centaines de voitures / camion à garer, des gens qui se changent, qui discutent en plein air, ce qui peut poser quelques problèmes au voisinage qui était bien tranquille avant l’arrivée de ces centaines de surfeurs / euses à chaque bonne houle.

Comment faire face à l’augmentation du monde à l’eau ?

Nous avons vu que l’augmentation du nombre de personne à l’eau est multifactorielle. Chaque année, il faudra compter plus de monde à l’eau mécaniquement. Mais alors, quelles pourraient être les solutions pour contourner ce problème ?

Solutions sportives

Pratiquer différentes formes de glisse

Le surf se pratique sur des spots où le nombre de vagues est limitée. Mais si vous changez de support, vous pouvez vous ouvrir de nouveaux spots, de nouvelles sensations. Ce spot qui vous paraissait trop compliqué en surf devient bon en longboard ou en SUP. Une mauvaise marée pour le surf devient une opportunité en Wing Foil. Une vague au large devient intéressante en kayak… Varier les supports permet de prendre du plaisir quelque soit les conditions, mais aussi d’essayer de nouveaux spots et d’éviter le monde.

Le foil, un bon moyen de surfer de nouveaux spots
S’entraîner pour être au top le jour J

Si vous souhaitez quand même aller sur un spot bien fréquenté, autant mettre toutes les chances de votre côté. Plus vous vous entraînez à la rame (grâce à la natation, prone paddle, sauvetage sportif…), plus vous serez à même de jouer votre place dans les 20 % de surfeurs qui prendront les 80 % de vagues de chaque séries. Et puis, le sport c’est bon pour la santé, cela vous permettra de surfer plus longtemps.

Sinon, vous pouvez toujours investir dans une solution de facilité.

Solution surfistique

Essayer de nouveaux spots

Pour éviter le monde, évitez les spots les plus accessibles et privilégiez les spots un peu plus cachés. C’est pour cela que nous disons souvent qu‘il ne faut pas hésiter à parcourir la côte, à explorer la côte. Vous ne serez pas toujours récompensé, mais lorsque cela arrivera, cela vaudra le coût.

Allez jusqu’en Alaska, c’est un peu extrême. Mais il faut sortir des sentiers battus pour trouver de nouveaux spots.
Surfer plus longtemps

Comme démontrer dans le point sur les conséquences du monde à l’eau sur le ratio de vagues surfées / heure; il faudra s’attendre à patienter un petit moment pour avoir son lot de vague. Il est donc vital, notamment l’hiver, d’investir dans du bon matériel permettant de rester longtemps dans l’eau. Il ne faudra pas hésiter à rester plus de 2 heures à l’eau par grande fréquentation sur un spot, et ce même en plein hiver. Prévoyez du bon matériel et de long créneaux de surf dans vos agendas.

Solution matérielles

Construire des vagues artificielles ?

Si le nombre de spots augmentent, est-ce que cela permettrait d’avoir moins de monde sur les spots naturels ? Rien n’est moins certain, puisque si l’on reprend le modèle des routes, construire de nouvelles routes ne permet pas de réduire la circulation sur les autres routes, au contraire, cela réduit les barrières à utiliser sa voiture (par rapport aux transports en commun), et donc augmente in fine le nombre de voitures sur les routes. La saturation d’une nouvelle route construite se compte en années ou en mois suivant les cas. On peut imaginer le même scénario pour le surf. Un spot artificiel permettrait de mettre moins de personne à l’eau à un moment T, mais ces personnes prendraient goût au surf puis finiraient par augmenter le nombre de surfeurs à l’eau sur les spots naturels, sans compter toutes les personnes qui ont été initiées dans un milieu artificiel et qui viendraient grossir les rangs des surfeurs en milieu naturel.

Outre le non intérêt d’augmenter artificiellement le nombre de spots pour réduire le nombre de surfeurs sur la côte, l’aspect écologique négatif d’une vague artificielle par rapport à laisser la nature tranquille devrait finir par convaincre tout le monde.

Solution professionnelle

Adopter un emploi du temps compatible avec le surf

Nous avons vu que plus il y a avait un grand nombre de surfeurs à l’eau plus les problèmes allaient arriver. Alors comment éviter le monde ?

Une solution toute simple existe, il faut surfer sur les heures et journées où il y a le moins de monde à l’eau et éviter les moments les plus chargés (week-end, et 12 h – 14 h en semaine).

L’avenir appartiendra possiblement aux surfeurs et surfeuses qui pourront se rendre disponible en semaine. (Maintenant, à vous de bien négocier avec vos patrons vos emplois du temps de surfeurs/euses).