Republication d’un portrait de Surfing L.A.

Renaud et Thomas Cardinal nous ont accordé un peu de leur temps afin d’échanger sur l’histoire de leur atelier de shape. UWL, nom pour le moins étrange issu des initiales d’un vieux groupe de fusion métal est né il y’a peu près 23 ans. Avec la farouche volonté de proposer du matériel de surf au plus grand nombre (trouver des boards étaient encore relativement délicat à l’époque) ils se sont lancés dans le shape. Coup de chance, l’unique distributeur européen de matières première se trouvait justement à La Rochelle, signe du destin pour les deux Charentais.

Un petit Clark, 6 m de tissus et 5 L de résine, ils se retrouvent désormais à la tête d’une production de 800 à 1000 boards par an. Fort de leur savoir faire technique et d’une équipe de serial-shapers de haut vol, UWL s’ouvre au shape machine mais aussi et surtout sur la voie du développement durable avec un pool d’innovations sympathiques.

J’ai shapé 15 ans 100% à la main et voilà 10 ans que je suis 100% machine.

L’atelier à reçu le premier prix de la toute première édition du EuroSIMA Eco Innov grace à une planche en tissu organique, pain bio et résine bio en 2004 avant de se lancer dans le projet d’une bio board en Lin (primé en 2008).

Si la technologie avance et que de leurs côtés les tests de force et de performances attestent de la qualité des boards, les consommateurs ne sont visibelement pas au rendez-vous sur ce produit…

Si les clients n’achètent pas, il est impossible de continuer d’innover sans un retour sur investissement. Je pense que les gars de Notox seront d’accord avec moi sur ce point. Cela dit, notre atelier répond aux normes en vigueurs 0 émissions extérieures.

L’équipe UWL

UWL, l’entreprise

UWL Workshop : pourriez-vous nous en parler ? Origine de l’idée, le concept, les retombées, retour sur l’expérience…

J’ai créé UWL il y 23 ans quand j’étais encore bachelier. A l’époque, il n’y avait pas d’internet, donc il était très difficile de savoir exactement comment on pouvait faire une bonne board de A à Z,. Le seul moyen : voyager . Ce que j’ai fait.  J’avais la chance d’avoir des potes sur la Calif et Hawaii et j’ai fais mais armes là bas. De retours en France, j’ai eu pas mal de boulot, mes parents nous on toujours soutenus dans nos projets et c’est là que nous avons eu l’idée folle de monter cette grosse structure, elle pourrait accueillir plus d’employés, voir même certains shapers avec qui j’avais sympathisé … et ça a fonctionné comme on l’avait rêvé …

 

A quoi ressemble une journée dans l’atelier ?
On a une organisation très française, on arrive à 9h , on fait le point tous ensemble sur les planches à faire. Tous les rôles sont bien répartis , chacun sait ce qu’ il a à faire , moi je suis l’électron libre qui vient aider là ou il y a besoin. Les gars stoppent vers 12h30 et là attention un festin que je leur ai préparé avec beaucoup beaucoup d’amour les attend. Après une difficile et douloureuse digestion on essaie de reprendre vers 14h ++ et 17h30, heure de la débauche, les gars ont bossé dur car pas mal de planches sont finies !

Des sessions improvisées avec le staff ?
Les sessions surf entre nous sont assez rares mais bon si vraiment ça le fait, je les laisse y a aller, j’ai la chance de bosser avec de grands pro et je sais que le travail sera fait.

Si l’on souhaite intégrer l’équipe, quel est le meilleur moyen de s’y prendre ?
Il n’y a seulement que 2 solutions pour intégrer l’équipe , soit un de mes gars est trop bon et je lui demande de prendre la porte ( humour ), soit quelqu’un décède. Pour info des gars qui sont bon à tous les niveaux, shape, strate, poncage, ils s’appellent : Bruno Mougard ( IG : burnouwl ) et Paul Leufévre ( IG theluckybastards ) à eux 2, ils peuvent sortir plus de planches qu’on a de commandes .

Vous avez un atelier photo dans vos locaux : qui se cache derrière l’objectif ?
Nous avons un atelier photo mais les photos se font plus à la volé, pour des photos d’ambiance pas besoin de salle spécifique.  Derrière l’objectif nous avons l’immense Elsa Girault ( IGelsagiraultphotography.com ) , elle est avec nous depuis plus de 4 ans déjà, une vrai histoire d’amour.

Vous recevez dans vos locaux des shapeurs étrangers, comment se passe ces échanges ?
Le premier, c’était il y a déjà 15 ans et maintenant nous recevons 6, 7 shapers /an. L’échange est tant professionnel qu’humain . La plupart sont devenus des amis. Ils sont les bienvenus ici quand ils veulent et c’est réciproque. Nous échangeons nos idées  »shape » mais sur bien d’autres choses, style de vie , trip , meuf etc …

Des invités de marque

Quel regard portent-ils sur la scène Française ?
Ils ne connaissent pas beaucoup la scène française, leur présence est assez rapide 15 jours en général donc c’est beaucoup de boulot à l’atelier pour finir dans les temps. De la France ils connaissent donc les petites sessions de surf départ 5h du mat avec Pierre Mesnage, les tours sur le port de La Rochelle à boire des Bières Flambées et les dimanches midi avec la Famille Cardinal …Classique.

Pouvez-vous nous dire comment s’articulent les différentes entités UWL : UWL communication, workshop et surfshop ?
C’est assez simple nous sommes 6 à bosser chez UWL , 3 à la prod , 1 manager vente / achat / shop , la compta et mon frère a la Com le tout dans un batiment de 700m2 . La Com c’est notre outil de vente , le manager gère les commandes et les transmet à la prod .. simple .

Qui a dessiné le nouveau logo UWL ?
C’est mon frère apres beaucoup d’essais, pour qu’il nous plaise à nous deux.

Pourquoi cette évolution ?
L’autre logo demandait un  »rafraîchissement  », on l’avait depuis 10 ans et on voulait le moderniser et pouvoir le décliner sous plus de couleurs , qu’il soit plus attrayant .

Quelles sont les valeurs qu’ils représentent ?
Modernité, racer, emblématique … et un peu heavy metal, ce que l’on écoute tous le temps…

Comment vous choisissez les riders de votre team ? Comment se passe la collaboration au quotidien ?
Nous avons eu beaucoup de Riders, mais disons que l’énergie investie et le retour sur investissement est faible, donc nous n’avons maintenant que des amis team rider, tel que Adrien Rapp , Xavier Leroy , Pierre Mesnage, Kevin Johnson, Coline Menard et quelques autres très bon locaux répartis sur toute la France que nous soutenons avec des boards a prix cassés … Notre collab est remplie quand le team rider nous fait progresser sur le shape de sa board et quand nous pouvons avoir de bonnes images exploitable de ces perf à l’eau .

Boards

Pouvez-vous nous décrire vos Magic Sticks ?
C’est plus un surfer qui pourrait le dire , toutes les boards qu’on fabrique sont des magic stick si tu demandes à son propriétaire ! Disons qu’il y a des modèles qui disparaissent faute de succès…ceux là ne devait sûrement pas être des magic sticks .

Vous souvenez-vous de la première planche sortie de l’atelier ?
Nan pas vraiment j’ai du me faire ma première planche dans un garage il y a plus de 25 ans, elle était certainement horrible mais pour moi c’était un chef d’œuvre .

Quelle est la planche la plus étrange que vous ayez shapé ?
L’étrange ne fonctionne pas longtemps chez nos clients, j’ai un model  »The Grave » qu’on avait sortis pour un Halloween il y a quelques années , une sorte de pierre tombale, il y a aussi la 404 Error, un crossover entre un evo-shortboard et un fish avec un concave deck les rail très parallèles, des wingers et Steal tail , en moins de 2’’ d’épaisseur , qui fonction génialement bien mais qui peut effrayer au première abord .

En quelques mots : pourquoi devrions-nous choisir une board UWL ?
En plus de soutenir des vrais fabricants français, amoureux de leurs métiers et soucieux de toujours vous faire la plus belle planche du monde ?….

UWL reçoit la crème des shapers internationaux et bénéficie de leurs expériences et de leurs confiances pour fabriquer leurs boards. Cela montre que les matériaux ( made in USA ) remplissent leurs critères d’exigence et que le travail accompli les satisfont pleinement.
En réalité, tous les guests shapers de passage à l’atelier apprécient beaucoup les designs UWL et ADDICTION, nos 2 labels et des collaborations naissent sur certains modèles.
Alors pourquoi nous choisir ?

On écoute le surfeur, on prend en compte son besoin et on l’oriente si besoin vers la planche qu’il attend. C’est l’avantage, on a accès à un catalogue de plus de 400 modèles en sur-mesure, ce qui est unique dans le monde.

UWL est aussi une des dernières factory 100% française où le sur mesure est notre maître mot.

Ici, on essai pas de vous vendre une planche stock à tout prix, ou la marque du moment, on préfère un surfeur bien conseillé, car il reviendra nous voir et pas qu’une fois.

Comment faire si je souhaite acheter un board UWL depuis Paris ?
Très simplement uwl-surfboards.com et pour voir tous les modèles de l’atelier uwl-workshop.com , il y a tout dessus, mais d’ici la fin d’année le site uwl-surfshop.com sera refondu pour une version encore plus réaliste avec le support de Shape3DX nous pourrons donner l’option à nos clients de modéliser leur board en quelques clicks, pour rendre encore plus interactif cette partie commande en ligne .

Quel est le délais moyen entre la prise de commande et la livraison de la planche ?
Selon les shapers internationaux qui sont de passage le délais peut être rallongé mais disons que nous avons fait de profond réaménageant de poste cette année pour être encore plus réactif, le délais que nous aimerions garantir serait de 2 semaines !!

Le shape

Pourriez-vous nous décrire la scène shape française et ses évolutions ?
Non, je ne connais pas assez bien la scène française nous manquons de rencontre , de salon ou nous pouvons échanger …

On a interviewé il y a plusieurs mois, un petit gars de chez vous, Zepplin Surfboard, qui est maintenant dans le Finistère, quel souvenir avez-vous de son passage chez vous ?
Joss passe tous les 2, 3 mois à l’atelier pour se découper des boards, et dire bonjour à certains shapers avec qui il a travaillé durant ces 3 ans comme back shaper chez UWL. C’est un excellent shaper .. et un sale breton .

Quels sont vos shapeurs préférés ?
Parmis les gars qui passent, j’aime beaucoup de shapers, comme Malcolm Campbell, McCallum je me marre bien avec lui, il y a aussi Thomas Bexon et Jake , je suis très admiratif de Larry Mabile , Marcio Zouvi que je connais depuis plus 15 ans , Neal Purchase est aussi un très bon gars enfin bon j’ai aussi la chance d’avoir aucune diva dans le groupe donc je m’entends bien avec tout le monde .

Vous avez fait parti du projet Salomon S-Core. Pouvez-vous nous parler de ce type de planches sans nose ?
J’ai bien fait partis du projet S-core et nous avions un modele chez eux mais c’est Zaka qui faisait les Noseless .

Vous avez mis l’emphase sur les décorations de planches ? En quoi est-ce une valeur ajouté pour vos clients ? D’où vous est venu cette idée ? Quel est le bilan de cette activité depuis le début ? Comment recrutez-vous vos artistes ?

Le surf pour beaucoup, ce n’est que de l’image, très rare sont ceux qui surf pour l’harmonie avec la nature ou le bon moment passer à l’eau avec d’autres surfeurs, pour cela une planche verte, rouge ou clear, ce n’est pas important…
D’autres ont la culture du surf et la déco fait référence à quelques choses de précis et si il y a un peu de technique derrière, là on travail en générale sur de très belles boards…
Mais il y a quand même beaucoup de surfeurs  »m’as-tu vu » et la déco c’est quasi aussi important que les performances de la planche pour beaucoup de monde ! Le support PU / polyester est propice pour tous types de décos , Posca , Spray , tint resin , inlays , tissus printés etc …
Pour les artistes, on ne les recrute pas vraiment, mais il n’y a pas de hasard, il y a toujours un moment où nos chemins se croisent et toujours pour de bonnes raisons, ils connaissent notre style donc la sélection se fait naturellement …
Maintenant, ce qu’il faut toujours garder à l’esprit, c’est le goût et les couleurs, c’est propre à chacun, donc plus on a de choix, et plus on a de chance de satisfaire le client. N’oublions pas que le surfeur aime bien être original.

Le surf

Le surf en Charentes-Maritimes ? Comment cela se passe ? Un peu d’histoire du surf ? Ces caractéristiques ?
Le surf dans le coin, cela date d’après la guerre, il y avait des bases américaines et quelques surfeurs dans le lot.
La Rochelle est placée de telle sorte que les spots de l’ile d’Oleron, l’ile de Ré , la côte sauvage de Royan et voir même la Vendée, se trouvent à 30, 40 min de route donc on se déplace beaucoup en fonction de la marée, du vent, de la houle , il y a toujours un coin qui va bien fonctionner. On a de tout , du sable , des points , du rocher … Il y a pas mal de surfers est certains reef break sont très vite saturés mais c’est comme ça maintenant, ça a beaucoup changer à ce niveau depuis mes débuts … J’étais obligé d’appeler des potes pour ne pas surfer seul certaine fois .

Que pensez-vous de l’évolution du surf dans les Charentes-Maritimes ?
Elle comme partout ailleurs, en augmentation constante .

Avez-vous déjà trempé vos dérives plus haut que les Charentes. Qu’en pensez-vous ?
J’ai surfé un peu partout en France et il y a de très bon spots plus au Nord, les Bretons sont très chanceux .

Quel effet cela fait-il de voir vos boards en action sous les appuis d’un surfeur anonyme ?
Rien d’exceptionnel ça fait 25 ans que je vois ca, sans faire le blasé, mais je suis toujours content de voir les gars ripper comme il faut avec nos planches.

Débat

Que répondez-vous à quelqu’un qui trouverait vos planches trop chères ?
Eh bien nous hésitons à faire un peu de pub comparative car nous sommes pour UWL dans le panier moyen haut , il y a plus cher en Français que nous . Il faut aussi savoir que nous faisons venir par containers tous nos matériaux des Etats Unis, les boards que vous achetez chez nous sont fabriqués comme aux USA mais par des artisans français, cela a un coût et je peux vous assurer que nous sommes loin d’avoir des salaires de ministres. A cela, on rajoute le pétrole qui ne cesse d’augmenter (oui, les produits pour fabriquer une planche sont des dérivés du pétrole), une nouvelle TVA et la volonté de travail uniquement avec des produits de qualités.
Donc en achetant chez nous (un peu plus cher), vous supportez le travail en France, vous avez une planches de meilleurs qualité, des gens passionnés qui participent à l’évolution et la culture du surf.
On ne pourra jamais faire moins cher que les  »copies » asiatiques…

Que pensez-vous de la » concurrence » de planches faites en chine (Blackwings, Freakytoy, Moss …) ?
Il y a toujours eu de la concurrence asiatique faite plus ou moins intelligemment mais je dois dire que Blackwings c’est vraiment fait sans honte , copier des best sellers de differentes marques , les faire faire en chine, les revendre en France sans même changer le nom, c’est juste à vomir .

Que pensez-vous de la copie dans le monde du shape ?
Qu’on s’inspire, qu’on soit influencer ça me parait assez humain, mais une copie conforme qu’on met au catalogue, c’est juste du vol.

Dans notre région de Loire-Atlantique, on se retrouve actuellement dans un semi désert pour de la planche custom, du coup, une association de shape a vu le jour. Que pensez-vous de cette initiative ?
C’est très bien , moi je suis partisans de telles initiatives, rare sont celles qui durent car les individualités ou les conflits d’intérêt ressortent tôt ou tard et le projet s’arrête alors ménagez vos personnalités !

UWL SURFBOARDS
ZAC des Fourneaux, 3 rue Albert Denis
17690 ANGOULINS | FRANCE
Email : contact@uwl-surfboards.com
Tel. 05 46 27 00 27 Fax. 05 46 27 03 27

www.uwl-surfboard.com

 

 

 

A propos de l'auteur

Ronan Benoît
Rédacteur en chef

Rédacteur, photographe passionné, fondateur de Surfing L.A. J'embrasse la culture waterman. Maître-Nageur de profession. http://cours-particuliers-natation.fr/