Laurent Guéguen est breton mais ne shape pas que des menhirs. Découvrez le portrait de ce shapeur finistérien.

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis Laurent Guéguen, j’ai 37 ans et j’ai ouvert mon atelier de shape de façon officielle il y a quelques mois à Plozévet dans le Finistère. Je suis au milieu de la baie d’Audierne à quelques kilomètres des vagues, à 20 minutes de La Torche et à 25 minutes de Quimper. Je shape toutes sortes de boards alternatives du log au hull, du fish à la mini simmons.

D’où vient le nom de ton atelier ?

Depuis quelques années je signe Plume sur les boards que je produis. J’aime ce que m’évoque ce mot : de la poésie, de la légèreté et ce côté organique qui me fais du bien dans ce monde hi-tech et froid. Puis assez vite le Plume s’est transformé en Plume D’avion… j’avais envie de mettre une petite touche d’absurde dans ce milieu du surf très sérieux.

Tu te souviens de la première planche que tu as shapée ? Depuis cette époque, peux-tu nous raconter ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

Oui bien sûr, c’était en 1997, peu de temps après avoir commencé le surf. Cette planche devait faire 6’2 ou 6’3. Il s’agissait d’un thruster jaune fluo assez moche avec peu de volume…A l’époque, je surfais exclusivement avec et quand je me suis rendu compte que je n’arrivais à prendre quasiment aucune vagues avec; je l’ai mise de côté et je me suis shapé un longboard. J’avais un ami dont le père shapait des planches : c’est lui qui m’a poussé à commencer à shaper. Je remercie grandement le père et le fils: Pat et Nico Le Guyon. Depuis ces premières planches j’ai toujours continué à shaper pour moi et mes proches, en apprenant de mes erreurs et en trouvant de nouvelles astuces à chaque planche.

Est-ce que tu penses que shaper des boards nous fait changer notre approche du surf ?

Oui sans doute….Quand tu expérimentes et que tu essaies de shaper quelque chose que tu n’as encore jamais fait, à un moment donné tu te retrouves forcément avec une planche qui ne réagira pas comme celles que tu surfes habituellement. Tu vas être obligé de réadapter ta façon de surfer. C’est formateur pour faire évoluer ton surf et tes compétences de shapeur.

Quelle est ta spécialité dans le shape ? Ce que tu adores faire, et ce que tu aimes moins ?

Je n’ai pas vraiment de spécialité. J’adore shaper des mini boards de 5’0 et moins, mais j’aime aussi fabriquer de bons gros noseriders. En fait j’aime shaper tout ce qui me ferait plaisir à surfer. Je ne surfe jamais de thrusters performants.

Parlons un peu plus technique maintenant. Si je te donne des profils de surfeurs, pourrais-tu donner quelques indications sur le type de planches à préconiser ?

Pour tous les rideurs, les vagues sont de types molles, dont la taille moyenne varie entre 70 cm et 1 m 5 / 2 m.

Un débutant ou une débutante qui souhaite progresser le plus possible après avoir réussi à se lever à tous les coups dans des vagues moyennes.
Un ou une surfeur(euse) en progression, qui commence à réussir à suivre les vagues, monter/descendre, et lance quelques « bottoms » aux courbes très amples.
Des rideurs avec un bon bagage technique, mais n’ayant plus la forme physique ni le temps d’aller souvent aller à l’eau mais voulant quand même s’amuser le week-end.
Je leur demanderais à tous quelle était leur précédente planche, et vers quoi il veulent se diriger. Elle n’est pas évidente ta question en fait. Il me manque pas mal de paramètres pour apporter une réponse précise. Pour les débutants un peu de longueur et de volume sont bienvenus. Un rideur avec un bon bagage technique peut avoir envie d’un fish mais aussi d’une board midlenght. Mais il peut y avoir des débutants très toniques qui vont bien s’en sortir avec une board assez courte et des confirmés qui le seront moins et qui préfèreront avoir de la longueur. Bref chaque surfeur est différent,il faut donc étudier chaque cas en se disant qu’il n’y a pas forcément de généralités.

Quelle est ta planche préférée ? Te souviens-tu de ta toute première planche ?

Ma board préférée est sans doute le tout premier hull que j’ai shapé il y a quelques années. Elle a très peu de rocker, des rails aiguisés comme des lames et une dérive très en avant. J’ai toujours beaucoup de plaisir à la surfer. Ma toute première planche était un speed shape « Freezing Hot » de 9’0 en ruine acheté en copropriété avec un pote, pour 350 francs chacun.

Que penses-tu du renouveau des planches rétros ?

Pour moi c’est un terme un peu fourre-tout….je ne sais pas bien définir ce qui est « rétro » et ce qui ne l’est pas. Le thruster a plus de 30 ans et personne ne le qualifie de rétro. Pour beaucoup de gens un single fin c’est rétro….pas pour moi. En tout cas, je trouve que ce qui se passe dans le shape en ce moment est très intéressant. Il y a une bonne variété de shapes disponibles sur le marché et des shapeurs créatifs qui n’hésitent pas à mélanger les concepts qui existent déja pour en faire quelque chose de nouveau. Ces gars puisent dans plusieurs décennies de shape avec une approche moderne et le résultat bien souvent n’a plus grand chose de rétro.

Que penses-tu des planches de surf « shapées » en Chine et vendues ensuite dans les surfshops ?

Pour moi ce sont des planches insipides et sans âme. C’est dommage de considérer les planches de surf comme des produits de consommation de masse. On les met au même rang que des téléphones portables alors qu’il s’agit de notre passion. Heureusement, le shape à la main est encore bien vivant et on peut se procurer des boards durables, adaptées a nos vagues et qui en plus peuvent être des objets esthétiques attachants.

Pour toi, quelle serait une planche idéale ?

Si tu entends par board idéale celle qui pourrait se surfer dans toutes les conditions, pour moi elle n’existe pas. L’idéal à mon sens, c’est d’avoir plusieurs boards de styles différents et de toutes les longueurs pour pouvoir s’en servir en fonction des conditions, de l’humeur du jour et de ta condition physique ce jour-là. C’est tellement agréable de changer de support : on appréhende la manière de glisser différemment avec chaque planche; et c’est ce qui nous fait entretenir la flamme et donner de la fraîcheur à notre surf.

Tu as une approche très graphique sur tes planches ? D’où cela vient-il ? Ou puises-tu ton inspiration ?

J’ai toujours aimé dessiner, prendre des photos, peindre, sculpter etc….donc naturellement ma vision graphique se répercute sur mes planches. Au niveau inspiration du moment, j’adore Nigel Peake, Alex Kopps, Margaret Kilgallen et la française Hélène Georget qui a réalisée la pochette du dernier disque de « I Come From Pop », un des groupes dans lequel je joue.

Quels sont tes objectifs pour cette nouvelle année ?

Continuer de développer Plume D’avion. Travailler, tester, progresser, essayer des designs que je n’ai pas encore essayé, etc….

Et surtout, voir les gens qui surfent mes planches sortir de l’eau avec le sourire.

Est-ce que tu peux nous raconter une session parfaite ?

Il y a plein d’éléments un peu cliché que je pourrais citer pour une session parfaite: surfer en short, pas de vent, sunset, longues gauches avec quelques amis, etc….mais au fond de moi l’objectif est de sortir de l’eau heureux à chaque fois, même si c’était onshore, que je me suis fais piqué par une vive et qu’un type a roulé sur le nose de ma planche avec sa Fiat Panda sur le parking.

Que penses-tu de l’évolution de la glisse en France, et plus particulièrement en BZH ?

Je n’est pas vraiment d’avis sur le sujet. Je peux simplement constater qu’il y a une démocratisation de la glisse depuis quelques années avec une panoplie de supports de plus en plus étendue….La Bretagne se prête bien à cet essor : on a un bon nombre de kilomètres de côtes avec toutes les orientations possibles, donc il y a toujours un endroit où s’amuser sur l’eau, que ça soit en surf, windsurf, kayak, optimiste, kite, pédalo etc…

As-tu un dernier mot à ajouter ?

Merci de m’avoir offert l’occasion de m’exprimer et merci beaucoup pour l’intérêt que tu as porté à Plume d’Avion.

Plume d’Avion

Baie d’Audierne
plumedavion@gmail.com
06.82.34.54.74
http://plumedavion.tumblr.com/

A propos de l'auteur

Ronan Benoît
Rédacteur en chef

Rédacteur, photographe passionné, fondateur de Surfing L.A. J'embrasse la culture waterman. Maître-Nageur de profession. http://cours-particuliers-natation.fr/