Portrait de shaper : Jam’in surfboard

Nous commençons le tour des shapeurs traditionnels de notre belle région par Jam’in surfboard, un Vendéen passionné par son métier. Artisans de vos sessions, les shapeurs sont les magiciens qui rendront possibles vos rides les plus magiques. Allant au-delà de la simple fabrication d’une planche, le shapeur est celui qui déterminera l’avenir de votre surf.

Qui se cache derrière Jam’in Surfboards?

Je m’appelle Jérémie PAILLET, j’ai 30 ans et je suis né aux Sables d’Olonne où j’ai commencé le surf à l’âge de onze ans. En parallèle du surf, je faisais du skate, de la guitare et du snowboard pendant les vacances.

A 19 ans je pars en saison à la Clusaz où le snow et la fiesta auront une place importante (piste, hors piste et quelques grosses frayeurs, des levers de soleil majestueux tout seul avec une belle neige vierge qui attend sa trace et des nanas complètement folles!

Depuis combien de temps shapes-tu ?

Pour ce qui est du shape, je n’ai pas commencé par le shape mais par la réparation, à l’atelier SURF EXPERIENCE à l’entrée de la presqu’île du cap ferret. J’apprends alors ce qu’est le surf en Gironde avec ses courant constants qui induisent des planches un peu plus « marines » c’est-à-dire un confort de rame afin de pouvoir se déplacer facilement dans l’eau et prendre un max de vagues.

Chez Surf Expérience, les deux shapeurs associés, Jérome Barbe ECLIPSE SURFBOARDS et Gérard Dépeyris « DEPEYRIS SURFBOARDS à Lacanau, m’apprennent l’art du glass avec leurs techniques. A l’époque Marc Billion ATAO, ATS à Quiberon travaillait chez SURF EXPERIENCE. En rentrant pour la première fois dans l’atelier Jérome me dit: « Je te présente ton mentor… » Marc me fera faire mes premières armes avant de repartir dans son pays natal en Bretagne. C’est bien plus tard que je me rendais compte à quel point il m’a appris avec seulement les deux premières planches réalisées à ses côtés.

Il les avait shapé, j’ai fait la déco puis les glass et les finitions, réparé quatre fois les deux tails et le tout en entendant « ces planches vont être dans le shop, alors tu reprends ça tout de suite et ponce pas trop fort… » c’est à vous faire chialer quand vous pensez savoir réparer. Ce jour là j’ai pris conscience des connaissances nécessaires afin d’aboutir à une planche de surf digne de ce nom et vendable en shop, la réalité du métier quoi!

Marc est un très bon shaper. Dans les années qui ont suivi, j’ai glassé pour beaucoup de shapers girondins toujours dans le même atelier, qui était spécialisé à l’époque, dans la sous-traitance en glassage. Les planches ROD’S, DEPEYRIS, ECLIPSE, SWARTWOOD, BARREL, ATLANTICO, SWOP passaient sur mes racks de strate et de ponçage tous les jours. En 2007, j’ai l’occasion de rencontrer Jam ILUKA SURFBOARDS de St Pierre à la réunion, qui voyant mon boulot de glass résine teinté me propose de venir faire un tour chez lui. Chose que j’ai faite avec grand plaisir durant un mois et demi.

En parallèle durant ces 5 années, je me shape quelques planches personnelles et très peu pour des clients, car chacun son territoire, et les portes des salles de shape ne sont pas toujours ouvertes de la manière que l’on imagine. J’ai beaucoup observé et le ponçage est peut être la clé du shape. C’est ce que l’on me disait en tout cas. Et je l’ai vérifié. En septembre 2009 ma petite soeur tombe enceinte, et comme je pensais avoir fait le tour au sein de SURF EXPRERIENCE, je me suis dis qu’il était temps pour moi de rentrer au bercail, de me rapprocher de ma famille et de lancer l’atelier JAM’IN SURFBOARDS après 7 ans loin des Sables et de la Vendée.

Comment perçois-tu le métier de shapeur ? Qu’est ce qu’un bon shapeur ?

Pour ce qui est du métier de shaper, aujourd’hui ça devient très vaste et très vague. Entre les ghost shapers qui finissent les préshapes dans les grosses factories, les guest shapers invité dans les atelier (ex: Glen Pang chez UWL), les shapers de garage, et les copieurs de modèles AL MERRICK qui scannent des boards sans cesse, on ne sais plus trop quoi penser.

Pour ma part, je pense que ce métier est un tout, un ensemble d’éléments à prendre en compte. J’ai eu la chance d’apprendre dans un atelier, entouré de personnes très compétentes dans leur domaine ce qui m’a permis de faire un mix de connaissances, plus mon feeling perso pour arriver aux planches que je fabrique aujourd’hui. C’est un métier pointu et exigeant autant physiquement que psychologiquement. Un bon shapeur c’est quelqu’un qui arrive à faire vibrer et donner le smile à tout ses clients dans l’eau, mais sans être là… C’est ce que j’essaye de faire en tout cas, mais vu que je ne suis pas là, je ne suis jamais sûre!

Quelle est ta spécialité ? C’est quoi une planche Jam’in par rapport à une autre ?

Je n’ai pas de spécialité, je pense que c’est une chose réservée aux master shapers, ce qui n’ai encore pas mon cas. Pour avoir commencé ce métier à l’époque du retour des rétroboards et avoir vu en suite les hybrides qui en on découlés, je pense qu’il serait dommage aujourd’hui, à mon niveau, de me spécialiser. J’aime autant shaper un short board bien affûté pour pousser dans la performance et aller chercher les limites, qu’une board rétro pour glider tranquille ou prendre un max de speed, ou bien encore un gros bébé surdimensionné. Mon métier consiste surtout à répondre à la demande d’une clientèle faite de personnes toutes différentes avec des attentes et des niveaux différents.

A moi de m’adapter au mieux pour qu’eux puissent s’adapter aux mieux aux sessions qui les attendent. Dans cette optique-là, je ne vois pas pour l’instant l’intérêt de me spécialiser et je suis encore un bébé dans ce milieu, je ne peux me priver de certaines choses pour ma croissance…

Comment considères tu la Vendée par rapport au reste des régions Françaises ?

Je suis né en Vendée et j’y ai grandi jusqu’à mes 19 ans, j’ai fait mes armes en surf dans la baie des Sables et Tanchet, ce n’est pas l’endroit rêvé aux premiers abords. Mais après avoir bouffé quatre années de gironde à jongler entre bancs de sable bougeant constamment, les marées, le courant et le vent, le tout sans spot de replis à moins de 40 kms, la Vendée c’est plutôt cool pour surfer.

Ce qu’il nous manque c’est un peu de consistance histoire d’avoir des vraies vagues longues avec des beaux tubes. Mais nous avons l’avantage d’avoir un panel de spots orientés différemment qui captent bien la houle en général avec de la roche, du sable, des sorties de rivière. Je pense qu’il y a des spots qui sont encore très peu exploités, car pas engageant au premier abord et c’est tant mieux!

Qu’est-ce qu’une bonne planche ?

Une bonne planche pour moi c’est comme le métier de shaper, c’est un tout; une bonne communication entre le shaper et le surfer, un shape fonctionnel, un glass de qualité, une belle finition, une déco qui plaît au gars avec l’âme d’un shaper passionné à l’intérieur pour couronner le tout. C’est le top!

Raconte-nous une session parfaite.

Une session parfaite? C’est celle où tu sors de l’eau avec la patate, le smile et des souvenirs qui restent gravés à vie. À chacun la sienne…

Que penses-tu de l’évolution du shape ?

Le shape évolue doucement aujourd’hui. Je pense qu’il ya encore plein de design à développer, mais il est indispensable que les surfeurs travaillent avec leurs shapers pour que les choses se fassent. Acheter des planches manufacturées en Chine ne fera pas évoluer le sport rapidement, et cela vaut pour tout les sports!

Quand on te dit qu’une planche de shapeur c’est cher, tu réponds quoi?

Faux! Les planches d’un shapeur sont moins chères qu’en magasin pour le même rapport qualité! Un shapeur classique travaillant bien vous fera une planche de la même qualité qu’une AL MERRICK, DHD ou JS pour environ 100 euros de moins. A mon sens, les planches faites par un shapeur ne sont pas comparables à des MOS, VENOMS ou SURFTECH.

Un petit mot pour finir?

Pour finir, je pense qu’il est temps aujourd’hui de revenir aux sources autant en matière de planche que du spirit. C’est l’essence de notre sport , de notre style de vie, la nature, la convivialité et surtout l’humilité… Il est nécessaire de protéger tout cela contre le consumérisme actuel qui, à terme, risque de nous jouer de mauvais tours (pollution, conflits à l’eau et en dehors). C’est ce que je ressens au fond de moi.Je travaille chaque pour que les choses bougent dans ce sens-là. Life is better on the beach!

Contact

Adresse : 9 ter rue du gournail / 85470, Brétignolles sur mer (toujours appeler avant de passer à l’atelier)
Téléphone : 06.89.77.56.96
Mail: jaminsurfboards@hotmail.fr
Facebook: Jam’in surfboards

Site web : http://jamin-surfboards.com

A propos de l'auteur

watermensociety
Rédacteur en chef

Rédacteur, photographe passionné. J'embrasse la culture waterman.