Reprise d’un portrait de Surfing L.A.

Surfeur, dessinateur, tattoo artiste amateur, Seb Arto se présente à nos lecteurs. Portrait d’un sacré personnage du nord de la Loire.

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs?

Salut! Je m’appelle Seb « Arto » Lecomte, j’ai 34 ans et je suis un artiste autodidacte originaire de la presqu’île guérandaise où j’ai commencé le surf en 1990 sur la plage de La Baule. Après différents voyages et une installation sur l’île de la Réunion, j’ai préféré revenir habiter ici magré le climat (beaucoup) plus rude … Même après avoir visité quelques spots worldclass, rien ne vaut ton home spot que tu connais par cœur.

Depuis, je tente d’ajouter ma petite pierre à l’édifice et de faire progresser le surf dans notre région grace au Manérick Surf Club et l’aide de tous ses membres. Je porte également les couleurs du club sur les coupes de la ligue des pays de Loire ainsi que sur les championnats régionaux.

[Seb Arto, par Gregory Chris] Crédit photo : http://www.gregorychris.com/

Tu es très porté sur les arts, peux-tu nous dire comment tu as commencé?

Je dessine depuis tout petit et j’ai toujours eu la chance de pouvoir retranscrire en dessin ce que je voyais ou imaginais. En tant qu’autodidacte, le surf a ensuite été plus complexe à apprendre, car sur la plage de La Baule, difficile d’avoir de véritables modèles de turns devant les yeux. A l’époque je regardais beaucoup de vidéos de surf (pour rappel, YouTube n’éxistait pas!) et puisais pas mal d’inspiration dans le skateboard avec toute l’influence californienne des années 90! Cela a forcément eu beaucoup de répercussion sur ma façon de dessiner.

La musique est venue plus tard quand j’ai appris la guitare. J’ai été privé de surf pendant 4 ans à cause d’un staphylocoque doré logé sur le bas de mes jambes. Ces 4 années ont été très dures à vivre et je me suis vengé du manque de surf en apprenant des dizaines de partitions. J’ai alors commencé la capoeira (que j’enseigne depuis), ce qui a rajouté beaucoup de rythme à ma guitare. En 2008 j’ai enregistré l’album « Live in Sun » avec mon pote Doudou. A ce moment là, d’autres musiciens nous ont rejoint pour créer la « Sunshiner Vibration ». Nous avons commencé à tourner et jouer pour différents bars et festoches de la presqu’île jusqu’à la séparation du groupe fin 2010.

Que penses-tu de la relation entre la glisse et les arts?

La glisse est un art! Du moins, je la vois ainsi, dessiner des courbes sur une vague c’est comme dessiner sur du papier et chaque dessin en appelle un autre !

Qui sont tes modèles dans les arts? Qu’est ce qui t’inspire?

Il y en a beaucoup! Niveau surf, j’ai toujours beaucoup aimé Rob Machado pour ce sens de la glisse et ce style si fluide et aérien. Pour la musique, ma première influence est sans hésitation Bob Marley même si je suis très varié dans les styles de musique que j’écoute. Le reggae en général reste mon style préféré quoique je reste un très grand fan de Ben Harper, Jack Johnson, Eddie Vedder, Sublime et tellement d’autres en passant par les standards comme Clapton, Hendrix ou Led Zepp.

Pour la peinture, les couleurs tahitiennes de Gauguin et celles révolutionnaires de Van Gogh m’ont toujours subjugué, plus récemment ce sont des artistes spécialisés dans le surf art qui m’ont inspiré Rémi Bertoche avec qui j’ai eu la chance d’échanger, Jay Alders, Heather Brown, l’hawaïen Clark Takashima aussi, et tellement d’autres découvertes dans les pages de Surfers Journal!

Quels sont tes objectifs pour cette année?

Pour cette année, artistiquement je compte développer mon activité de tatoueur. C’est un art incroyable qui me permet de dessiner d’autres choses que des surfeurs ou des vagues tout en alliant le dessin et la peinture. A côté je compte faire quelques toiles et peintures sur bois flotté ainsi que des Alaïas (Evens Island Surfboard). J’ai également en tête un projet de planche en paulownia shapée comme une board actuelle… L’idée fait son chemin!

Il serait bon aussi que je termine un dessin animé que j’ai entrepris sur le surfeur hawaïen Clay Marzo mais il est difficile de se concentrer dessus à fond car cela représente des milliers de dessins. J’avance petit à petit et je touche au but avec plus de 6000 dessins! Il ne me reste plus qu’à les scanner et les retravailler par ordinateur avant le montage final, le tout sans sponsor et moyen. Une bande dessinée inspirée de La Govelle et de ses locaux est également bien avancée et devrait être disponible cet été! Je suis mort de rire rien qu’à la dessiner!

Pour le surf, cette saison, je me suis classé 9e aux championnats régionaux en Vendée. En ajoutant les points grappillés sur les coupes de ligue, je vais pouvoir m’inscrire sur quelques coupes de France avec les jeunes du club.

Tu es très impliqué dans le développement du surf en Loire-Atlantique au travers du Manérick Surf Club. Comment vois-tu l’évolution de la glisse en L.A?

L’évolution du surf en L.A a 2 visages. Un plutôt joyeux. Même si dans sa conception actuelle il y’a forcément de nombreux points a améliorer comme développer les liens entre les acteurs glisse par exemple. Dans l’ensemble, la scène surf a quand même sacrément évolué ces 10 dernières années en Loire-Atlantique.

Cette évolution est d’ailleurs très marquée sur le plan médiatique. Malgré nos vagues très capricieuses, de très bonnes photos et vidéos sont disponibles sur la toile. Nos petits jeunes ont de moins en moins à envier les jeunes d’autres régions en terme de niveau, si quelques résultats ont déjà été obtenus dans le passé comme ceux de Nicolas Manach, champion de la ligue des Pays de la Loire, 3 années de suite! Et pour cause, aussi rare et molle que peuvent être les vagues chez nous, elles nous forgent une très bonne lecture de vague. Cela ne transparaît pas tout de suite à la maison, mais dés que tu voyages, tu t’en rends compte rapidement!

A ce niveau là, je vais aider François, le BP du club à développer l’école de surf et l’équipe compétition. Cette année sera la quinzième saison du club et pour l’occasion « Sunshiner » et les « Bad Troll » vont probablement repousser la chansonnette ensemble lors d’un concert en plus des 2 jours d’exposition d’artistes régionaux spécialisés dans le surf art les 4 et 5 mai prochain. Un contest, du oldschool, des balades en Stand-up Paddle, des stages de shape d’alaia et le retour du 44 Surfing Tour avec mon pote Rémi de Spot-report44 et Nico de l’école « Surf and rescue », 2014 s’annonce grandiose!

Cela dit, tout n’est tout rose. Il y’a quelque temps de cela vous nous parliez de protéger le spot des Rochelets à Saint-Brévin mais, le projet du parc d’éoliennes off-shore risque lui aussi de nous priver de vague… Si aucune étude n’a été à ce jour réalisé sur l’impact des éoliennes sur la houle et le vent, je suis plus que septique, car il y aura forcément un effet si ce n’est la disparition des spots ligériens. Le fait est qu’ils sont tous situés dans l’angle du banc guérandais du Croisic à Préfailles. En plus de cela, les travaux vont forcément engendrer une énorme pollution de l’eau, ainsi qu’une pollution visuelle pour des générations entières…

Tu as encore un autre projet sous le coude non?

Oui! Mon petit bébé, un projet perso sur lequel je travaille dans l’ombre depuis juillet : La wavegarden 44.

Le dossier est monté et déposé à la mairie de La Baule depuis août dernier où il a reçu un très bon accueil et/ou nous avons pu trouver un terrain susceptible d’accueillir les infrastructures. Le dossier est également déposé au Conseil Général depuis cet automne. Pour l’instant il nous faudra attendre les élections du mois de mars pour voir de vraies avancées. Beaucoup de points restent à éclaircir pour espérer le sortie de terre et envisager une ouverture publique d’ici un à deux ans.

Pour autant je travaille à titre personnel à en construire un privé pour le club. Le terrain idéal est difficile à trouver, mais petit à petit je pense pouvoir créer cette vague d’ici la fin du printemps et, je l’espère, même avant. Ne cherchez pas pour l’instant rien n’a encore filtré et pour cause je fais le sous-marin depuis 6 mois, mais je commencerai à communiquer là-dessus avec mon équipe très bientôt.

Un souvenir de session parfaite?

Chaque session sur mon nouveau home spot est parfaite! Cela dit, je me rappelle d’un moment spécial courant décembre avec du double overhead régulier au dessus du reef, 2h dans l’eau à lutter dans le jus pour au final choper une dizaine de bombes et terminer par découvrir une reforme insoupçonnée 150 mètres plus bas qui ouvre sur un barrel dans lequel j’arrive à me glisser! Résultat 3h30 de surf sans voir une seule âme qui vive! Surf made in breizh!

 

Un dernier mot à ajouter?

Merci à toute l’équipe de Surfing L.A de nous donner la possibilité de nous exprimer et de nous faire rêver au travers de récits de surf dans notre région. Merci à tous ceux qui nous soutiennent, merci à nos partenaires Rémi de Spot Report 44 et Alain et son équipe d’Holywind, ainsi qu’aux filles de Néocombine et également Harold de Riders Match créateur du défi de La Baule et de la Summer Cup ainsi qu’a Mathilde et Thibaud du « Côté plage », big up a tous les culs sâlés rider de barrel raz la moule!

Musique : Sunshiner Vibration
Arts graphique : Seb Arto
Surf ART sebarto@hotmail.fr
Manerik Surf Club : maneriksurfclub@hotmail.fr
Planches de surf Alaia : Evens island surfboard
Capoeira : Grupo de capoeira Cobra Herbignac

A propos de l'auteur

Ronan Benoît
Rédacteur en chef

Rédacteur, photographe passionné, fondateur de Surfing L.A. J'embrasse la culture waterman. Maître-Nageur de profession. http://cours-particuliers-natation.fr/