Kaloo, tonton du surf vendéen

Soucieux d’éplucher les moindres détails de ce qui à fait, fait, et fera le surf dans notre région, nous commençons notre série de portrait sur les tontons surfeurs en Vendée et Loire-Atlantique. Le premier à se prêter à l’exercice sera Pascal alias Kaloo. Surfeur touche à tout, qui à lui tout seul (ou presque) à lancé le surf dans le nord Vendée. Shaper, inventeur à ses heures perdues, il nous raconte le surf à ses début.

Une petite présentation rapide?

Je m’appelle Kaloo, surnom qui me colle à la peau depuis plus de 30 ans. Je vais avoir 56 ans. J’ai commencé le surf en 1980 avec quelques potes: Biniou, Hervé, Alain qui découvraient comme moi ce tout nouveau sport.

Peux-tu nous raconter un peu tes début en surf?

A l’époque, nous étions comme tout le monde. Nous nous baignons l’été et on aimait se faire entrainer par les vagues en se mettant à plat ventre ou en utilisant des matelas pneumatiques et des chambres à air de camion. Un jour, Biniou a récupéré 2 engins en polyester taillés à coups de serpe par son frère et sur lesquels on pouvait flotter à plat ventre et se faire entrainer par les mousses jusqu’au bord. Ces « os de seiche » étaient très épais, lourds, munis d’un aileron en bois enfoncé en force dans la mousse. Ils nous ont permis par leur flottabilité et leur stabilité de nous faire découvrir assez vite cette ivresse de descendre les vagues debout, au dessus de l’eau. Le surf venait de naître à St Gilles Croix de Vie.

Le matériel se faisait rare à l’époque non? Tu shapes quelques planches également?

A l’époque, c’était le désert de Gobi au niveau matériel, les surf-shops n’existaient pas sur la côte Vendéenne, il n’y avait que Barland et quelques rares shapers qui se trouvaient tous autour de Biarritz. L’équipement vestimentaire était bien archaïque lui aussi : combinaison de plongée ou long-john + boléro que nous utilisions en planche à voile, les combinaison intégrales n’avaient pas encore fait leur apparition, on surfait souvent sans gant ni chaussons.

Un jours nous sommes allés au Salon Nautique de Paris où nous avons découvert de vraies planches de surf au stand de Barland. Mon ami Biniou a eu la bonne idée d’en acheter une. Dès notre retour, et après avoir essayé ce nouvel engin, il devenait impératif de me procurer ce même matériel beaucoup plus léger et maniable pour pouvoir évoluer. N’étant pas trop fortuné à l’époque il a fallu que j’opte pour le système D qui consistait alors à me shaper moi même ma planche. Mes potes Alain et Benoit ont fait la même chose. Il a fallu apprendre à sculpter un bloc de mousse polyuréthane que nous avions trouvé à Challans pour en sortir un engin ressemblant le plus possible à un surf et ensuite stratifier le tout avec cette merveilleuse résine polyester qui embaumait la maison de mes parents!

Mon oeuvre n’était pas « idéale » mais j’étais content de surfer avec ma propre planche. Finalement, j’ai pris goût au plaisir de shaper, j’ai réalisé d’autres planches en suivant les tendances, l’évolution des shapes… et le « Kaloo-style »! Ma spécialité pour les potes étant d’inclure un poster de la gente féminine sous la stratification. Certains comme Yann venaient m’assister pendant mes réalisations et s’en souviennent encore…

Vous deviez être une petite équipe tout de même, quels spots surfiez-vous?

Nous n’étions pas nombreux au tout début, une dizaine tout au plus sur St Gilles, le « home spot » et quelques sablais croisés à la Sauzaie. Les gens nous lorgnaient comme des bêtes sauvages. Nous avons exploré toute la côte aux alentours de St Gilles pour le plaisir de surfer dans d’autres paysages, à la recherche de vagues plus grosses ou plus creuses, avant de donner des noms aux différents spots.

En parlant de « home spot », comment fonctionne le tien? Mieux avant, ou maintenant?

St Gilles est un beach break. La qualité des vagues varie en fonction de l’évolution des bancs de sables. Autrefois les vagues semblaient moins ouvrir, surtout à marée basse… Mais peut-être que cette impression est due au matériel qui n’a cessé d’évoluer depuis et qui est devenu plus performant en matière de glisse. Je tiens à préciser que depuis peu nous avons notre petit coin de la Sem qui fonctionne bien, pourvu que ça dure!

Pratiques-tu d’autres activités? Kitesurf, SpeedSail, Roller sur la plage…?

Oui! Je suis un fou de la glisse. Mon sport principle reste le surf. Mais j’affectionne tout ce qui possède une voile et qui peut flotter, rouler ou voler. J’aime également les inventions originales comme la Moto-voile ou le Birdsail que je pratique avec des rollers « spéciaux plage ».

Comment imagines-tu l’évolution de notre sport? (monde à l’eau, matériels…).

Pour parler du matériel, je ne pense pas que son évolution fera de grand pas. Nous avons déjà inventé toute la panoplie des engins pour surfer debout, à genoux, assis ou allongé… Des matériaux dits écologiques commencent à pointer leur nez pour remplacer nos mousses et résines mais les formes des planches resteront les mêmes. Les inventions actuelles comme les surf à 4 dérives ne sont que de simples reprises de nos quattros des années 80!

Pour ce qui est du monde à l’eau, l’évolution du surf s’est traduite par une explosion démographique des pratiquants qui seront en nombre de plus en plus élevé et j’avoue que ceci m’inquiète un peu… Le dicton « plus on est de fou plus on rit » est difficilement applicable au surf, à moins d’assister à une nouvelle évolution dans la mentalité des surfeurs pronant le partage et la tolérance. C’est ce que je souhaite mais… Visiblement ce n’est pas gagné!

Au final, c’était mieux avant ou maintenant?

Après avoir pesé les choses positives et négatives, seul mon très lourd coté nostalgique fera pencher la balance du coté « Avant ». Malgré nos combinaisons raides comme la justice et non étanches, le manque d’éléments féminins (et oui les surfeuses se comptaient sur les doigts d’une main!) l’absence d’un local pour prendre sa douche bouillante, de surf-shop pour nous vendre de vrais dérives et un vrai leash, nous étions une petite bande de potes avec la plage entière pour surfer (même l’été). Les gens nous prenaient pour des originaux ou des fous mais nous étions fiers!

Un dernier mot pour la fin?

SURF IS LIFE!!!
Quand je ne surferai plus c’est que je serai mort! (Le plus tard possible bien entendu!).

A propos de l'auteur

watermensociety
Rédacteur en chef

Rédacteur, photographe passionné. J'embrasse la culture waterman.